| C'est un appétit toujours grandissant pour le théâtre qui m'a conduite à la littérature scientifique. |
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Chronologie et présentation du Théâtre du Voyageur // Encarts en parallèle //
"Parade Nuptiale" - 1997-1998 -
Création à la Grande Galerie de l'Evolution du Muséum National d'Histoire Naturelle.
d'après "Le Sexe et la Mort" de Jacques Ruffié et "La Tentation de Saint-Antoine" de Gustave Flaubert. Musiques de Gabriel Fauré et Carol Lipkind.
Parade des rituels amoureux, des comportements sexuels, des fantasmes et des fantasmagories, insectes méconnus dans d'infimes espaces, animaux fabuleux aux confins de l'univers, réalités scientifiques, sphinx chimérique, précision du détail, développements cosmiques pour tout un tremblement de déclarations d'amour qui révolutionnent les sens... L'imagination humaine rivalise avec les fantaisies de la nature...
"Shakespeare Gallery* ou la Pensée en formes " - 1999 - 2001 -
Commande du Muséum National d'Histoire Naturelle - création à l'Auditorium de la Grande Galerie de l'Evolution, en parallèle avec l'Exposition "Pas si bêtes, Mille cerveaux, Mille mondes". Tournées. Dernière représentation au Festival de Sarlat.
d'après W. Shakespeare, M. Proust, H. Michaux et A. Berthoz, J.P. Changeux,
P. Clément, B. Cyrulnik, E. Fottorino, D. Goleman, S. Jay Gould, M. de Pracontal,
A. Prochiantz, Sophie Rigal, H. Rubinstein, J.D. Vincent, E. Zarifian.
Musiques de J.S. Bach, B. Britten et C. Lipkind.
Monument de graisse et d'intelligence, Falstaff incarne l'impossible séparation entre corps et esprit, il est de taille à conduire une approche biologique et théâtrale de la nature humaine Dans les auberges ou sur les champs de bataille, avec beaucoup d'outrances, de rires bien édentés et une vitalité à la grande échelle de l'angoisse, la "Shakespeare Gallery" s'aventure sur les terrains de la connaissance, en toute ignorance mais dans le feu de l'action : de l'utilité des neurones miroirs ou comment le cerveau fonctionne au théâtre, des circuits de la peur, de quelques différences entre l'homme et la femme, de la beauté d'une tranche de cortex... Ils nous dévoilent soudain le monde vu par la tique puis nous immergent enfin dans la Biologie des Passions: "Le cerveau est une glande..." J.D. Vincent. Mais le refrain de cette farce musicale est la plasticité.
*gallery : - The cheapest seats in a theater - An underground passage, as one made by an animal, or one used in mining or military engineering.
"Pour qui veut voir" - 2003 - 2005 -
Commande et création au Muséum de Saint-Denis de La Réunion - et tournées.
D'après T. Ushte, T. Monod, J.H. Fabre, Y. Girault, J.P. Haigneré, J. Prévert, J. Giono, S. Ribes, J. Rostand, S. Jay Gould, le discours prononcé en 1854 par le chef indien Seattle devant l'Assemblée des tribus…, P. Blandin, J. Dorst, A. Artaud, H. Michaux,
C. Nurisdany et M. Pérennou, Saint-John-Perse, G. Flaubert, A. Rimbaud.
Un duo d'Anciens, un ange-gardien, un angelot… partagent leur émerveillement, leurs inquiétudes, leurs émotions face à la nature. En bons pédagogues et en bons clowns, ils nous font apprécier la vie dans son infinie diversité, tout en révélant des représentations, des usages et des pratiques différentes de la nature.
S'appuyant sur une grande diversité d'auteurs, ils nous font voyager dans le temps et dans l'espace et apprécier l'évolution des points de vue sur la biodiversité. |
En découvrant le livre de Jacques Ruffié "Le Sexe et la Mort", j'ai réalisé qu'il y avait d'autres auteurs pour le théâtre avec d'autres façons de traduire la vie. Dans ce texte plein d'humour, les aspects explicatifs n'excluent pas des qualités musicales, stylistiques. Ces qualités mêmes d'auteur contribuent à la compréhension. Jacques Ruffié associe à la puissance du sujet, la légèreté du regard.
Il y a beaucoup de "dépréciation" et de "dépression" dans la littérature contemporaine : je cherche toute occasion de parler des questions les plus graves d'une manière offensive, encourageante.
Dans "Le théâtre et son double", Antonin Artaud oppose le théâtre oriental, à tendances métaphysiques au théâtre occidental, à tendances psychologiques. S'intéresser à la science, c'est s'écarter, il me semble, de ce théâtre psychologique, où l'individu s'expose et se confond avec ses petits secrets, où la vérité s'apprend par les aveux, où la réalité n'est qu'Une, par souci de vraisemblance. Cette orientation m'a incitée à mettre en écho des textes d'origines différentes, des textes du répertoire théâtral avec des textes à priori non destinés à la scène, à "faire théâtre de tout" selon l'expression d'Antoine Vitez. Le théâtre peut puiser dans tous les écrits et établir des correspondances pour composer une sorte de grand livre de la vie.
La caractéristique première de notre travail, c'est de voyager d'un texte à l'autre, d'un monde à l'autre, librement, pour développer une conscience théâtrale où l'on dit toujours plusieurs choses à la fois, et toujours la même chose. En multipliant les angles, on se rappellera d'abord que regarder n'est pas seulement observer mais créer.
Je n'avais donc aucunement l'idée de faire du théâtre scientifique.
J'insiste sur les motivations car je continue à penser après plusieurs expériences dans ce domaine qu'il est bénéfique pour le théâtre comme pour la science de préserver les exigences, les critères, les armes propres au théâtre. En mettant sur scène une œuvre scientifique, nous nous intéressons à la façon dont elle a été écrite, nous tentons de révéler ses dimensions poétiques, philosophiques, ludiques, et d'envisager toutes sortes de rapports avec elle.
La circulation d'un discours à l'autre éclaire nos rapports avec des connaissances et révèle des démarches. Cette approche dramaturgique nous protège donc d'un théâtre qui serait soucieux d'un résultat, cultiverait le pléonasme ou reviendrait aux solutions de la conférence déguisée, du récit de la vie d'un scientifique, à une conception illustrative et plaquée issue du XIXème siècle. Il convient également de se distinguer d'un travail d'animation qui présente d'autres avantages, et notamment en ce qui concerne justement la possibilité de fournir des explications.
Car il s'agit d'un travail de création, où l'on invente des formes, où l'on se défait de ses habitudes, où l'on propose des lignes de fuite. Ce que nous attendons donc d'un texte scientifique comme d'une œuvre de Shakespeare, c'est l'étendue du champ, la pluralité des visions qui se superposent, c'est multiplier en somme les occasions de développer le langage de la scène : " tout cet amas de gestes, de signes, d'attitudes, de sonorités, aux conséquences physiques et poétiques sur tous les plans de la conscience et dans tous les sens, qui entraîne nécessairement la pensée à prendre des attitudes profondes qui sont ce que l'on pourrait appeler de la métaphysique en activité. " (1) Dans les différentes créations que nous avons produites ces dernières années, nous avons promené cette vision d'Antonin Artaud devant nous, cette vision dont la force vient peut-être de ce qu'elle n'a encore jamais été atteinte.
Ainsi, le texte et la mise en scène se construisent au fil des rencontres plus ou moins heureuses entre les auteurs et non pas autour d'une histoire. Les intrigues sont le fruit de toutes sortes de tentatives, d'expériences. Les développements se font par thèmes, presque dans l'esprit d'une œuvre musicale, avec crescendo et decrescendo, des airs et des refrains, des ritournelles.
Ne pas s'appuyer sur une intrigue induit un autre rapport au temps, une remise au présent, une re-présentation. Il faut que chaque instant soit suffisamment palpitant pour que le spectateur ne se soucie plus ni de ce qui vient de se passer, ni de ce qui va suivre. Il y a dans ce théâtre une quête de l'instantané. Le rapport au texte scientifique doit être continuellement réinventé. Pour que le spectacle se construise à vue, l'acteur doit se dépenser, c'est à dire maintenir un haut niveau d'énergie, d'investissement physique, de fantaisie, d'inventivité, car, au moindre fléchissement, le caractère explicatif reprend le dessus pour des raisons liées à l'écriture scientifique, à ses développements linéaires, à ses objectifs. Nous ne voudrions pas d'un théâtre où se rejouerait toujours la même scène avec les mêmes personnages, celui du conférencier, celui de l'élève ou bien celui du savant fou.
Dans notre théâtre, tout commence ou tout s'exprime par les "états". Et même dans le cas d'un texte scientifique, ce n'est que dans la recherche de ces états et de leur justesse, dans cette transmission d'énergie, la plus précise possible, que naissent les personnages, les figures, les formes. A travers ces formes, le spectateur identifiera ses émotions et les visions du monde qui se développent, il pourra se reconnaître.
Les relations du spectateur avec le spectacle évoluent jusqu'à ce qu'il devienne partie intégrante de celui-ci, jusqu'à ce qu'il ait le sentiment d'en être aussi l'artisan, du seul fait de sa présence. Quant à l'acteur, il ne peut oublier que cette foule de regards multiplie son interprétation. Tous les partenaires d'une représentation sont confrontés à cette polysémie que le metteur en scène, tel un chercheur, expérimente et orchestre. Cette orchestration et sa multiplicité révèlent la valeur artistique d'un projet.
Au théâtre, la science touche un public qui a des rythmes d'appréhensions variables, des émotions imprévisibles, un public qui se pense scientifique ou non-scientifique... Mais pour nous, il n'y a ni public scientifique, ni théâtre scientifique.
Car il ne s'agit pas encore une fois de faire un cours interrompu par des questions rythmant la compréhension, délimitant l'intelligibilité, uniformisant l'écoute. Au contraire, le théâtre, dans son déroulement sans arrêt, invite un public à "assister" à un parcours où s'opèrent des découvertes et des transformations, où l'on peut se perdre, se retrouver, ici ou ailleurs. L'action donc la pensée pourra se développer jusqu'à son terme. C'est l'acteur en jeu qui devient porte-parole, qui parle pour une assemblée disparate, en son nom, à sa place.
L'œuvre restera ouverte où chacun pourra s'engouffrer, progresser, user de ses moyens propres. Chacun pourra se réveiller à temps pour saisir ce qui lui convient ou pour trouver la porte qui lui fera peut-être accéder à l'ensemble.
Après la représentation, vient le temps des questions et de la critique nécessaire.
Nous nous intéresserons plus particulièrement à trois spectacles, qui ont été créés entre plusieurs autres créations et qui s'inscrivent dans un parcours. Depuis treize ans, le Théâtre du Voyageur puise tour à tour dans un répertoire spécifiquement théâtral et dans la littérature scientifique, philosophique, ethnologique. Il serait trop long ici d'analyser les ramifications entre ces spectacles, où alternent des œuvres apparemment si différentes et si lointaines. Nous nous contenterons donc de les situer dans leur chronologie :
"Valentin Orchestra", une répétition d'orchestre, une représentation du monde d'après l'oeuvre de Karl Valentin. (1993 - 1996)
"Parade Nuptiale", une approche des rituels amoureux et des cycles de la vie. (1997-1998)
"Roméo et Juliette", des parades shakespeariennes et l'opposition entre les âges de la vie. (1998)
"Shakespeare Gallery" , à propos des cerveaux : voyage dans une galaxie organique. (1999 - 2001)
"Le Roi Lear" , le monde à l'envers, les ravages du pouvoir, entre pitrerie et tragédie. (2001 - 2002)
"Pour qui veut voir" , variations sur le thème de la biodiversité, une version plus joyeuse d'un monde à l'envers. (2003 - 2005)
Actuellement, nous avons en chantier deux versions du mythe de Faust :
"Faust" de Goethe et "Le Maître et Marguerite" de Boulgakov.
Ces parcours initiatiques seront suivis par des variations sur le thème du nomadisme…
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