Le Ventre de Shakespeare

au Théâtre du Voyageur
au centre de la Gare SNCF d’Asnières-sur-Seine,
Quai B à 5 mn en train de gare Saint-Lazare

du 12 novembre au 21 décembre 2008
EPISODE 1 : LA DOLCE VITA, les mercredis, vendredis et dimanches
12, 14, 16, 19, 21, 23, 26, 28, 30 novembre et 3, 5, 7, 10, 12, 14, 17, 19, 21 décembre
EPISODE 2 : LA DECADENCE, les jeudis et samedis
13, 15, 20, 22, 27, 29, 30 novembre et 4,6,11,13,18,20,21 décembre
du mercredi au samedi à 20h30 — le dimanche à 17h
INTEGRALES les 30 novembre et 21 décembre à 17h (épisode 1) et à 20h (épisode 2)

Réservations 01 45 35 78 37

ou en ligne http://www.theatre-du-voyageur.com/reservations/index.htm

Vies et Morts de Falstaff

En deux épisodes,

par le Théâtre du Voyageur,

texte et mise en scène Chantal Melior

d’après HENRY IV - 1ère partie, HENRY IV - 2ème partie,

LES JOYEUSES COMMERES DE WINDSORet HENRY V, de Shakespeare

et des œuvres de musique baroque, de variété française et américaine.

direction musicale C.Lipkind — piano C.Lipkind et F.Pellissier

chorégraphie A.Lacquement — lumières Michel Chauvot — décors Marine Porque avec Sandrine Baumajs, Véronique Blasek, Arnaud Cottereau, Gautier Gaye,

Ariane Lacquement, Carol Lipkind, François Louis, Mathieu Mottet,

Siva Nagapattinam Kasi, Florian Pellissier, Tom Sandrin.

« Je n’ai rien d’un simulateur, c’est mourir qui est simuler… »

(Falstaff, Henry IV)

La fulgurante carrière de Sir John Falstaff,

monument de graisse et d’intelligence,

entamée dans les coulisses du pouvoir, de l’histoire et des hauts faits,

s’achève dans la marginalité, la pauvreté et l’oubli.

Nous traverserons quatre pièces avec Falstaff et le peuple de Shakespeare pour guides, c’est-à-dire quelques filles et beaucoup de mauvais garçons, des palefreniers, des garçons d’auberge, de pauvres hères qui seront la chair à canon pour de prochaines batailles. Puis cette galerie s’enrichira de personnages de la vie de province, de juges de paix, de bourgeois. C’est la nation dans son ensemble qui fera irruption sur la scène : tout un monde foisonnant de fantaisie, de violence, de fêtes, de batailles, d’intrigues politiques, de carnaval, de vie.

C’est en nous rapportant avec précision et authenticité la vie de son temps que Shakespeare est notre contemporain. Il fait du public d’aujourd’hui, un public élisabéthain, joyeux et omnivore, appréciant les émotions fortes et les préoccupations d’une époque charnière qui déjà appréhende le schisme entre les valeurs spirituelles qui se désagrègent et les valeurs matérielles qui appesantissent les êtres, où l’âme se soumet à la chair.

Dans ce théâtre, où toutes les expériences sont permises, la volonté de vivre des personnages est telle qu’ils semblent toujours à la veille d’un jugement dernier : « Ils sont penchés sur eux-mêmes comme des médecins ou des prêtres sur le lit d'un agonisant et qui s'efforce de surprendre le mystère de l'être qui s'en va. » (E.Jaloux)

Comme nous voudrions atteindre cette intensité de théâtre et de vie en la compagnie pleine de grâces de Falstaff, avec l’espoir que l’homme n’ait pas trop diminué depuis quatre siècles !

1er épisode, La Dolce Vita

d’après HENRY IV - 1ère partie, HENRY IV - 2ème partie, HENRY V.

L’histoire d’Henry IV retrace le soulèvement des rebelles contre le Roi et leur échec, les rapports tendus entre le Prince héritier et son père, puis la mort de ce dernier, enfin le couronnement d’Henry V.

Reprenant le conflit de l’ordre et du désordre et l’étude de la figure idéale du roi, Shakespeare amplifie la tragédie par l’omniprésence bouffonne de figures populaires dont Falstaff est le héros.

Dans Henry IV, deux Angleterre sont constamment confrontées : les grands féodaux s’entre-égorgent ; le jeune héritier détrousse les marchands sur les grands chemins et avec une bande de va-nu-pieds mène joyeuse vie dans les tavernes… Le jeune prince mûrira pour s’épanouir en roi raisonnable et vaillant. La morale de l’histoire peut être assez venimeuse. Il apparaît que la compagnie de Falstaff et des coupeurs de bourses est une meilleure école de royauté que le carnage féodal.

Ainsi, c’est autour de Falstaff que s’organisent les scènes.

De là vient l’impression de liberté et d’anarchie qui émane de ces œuvres épiques. Tout près du palais royal, se dresse la taverne de la Hure et là, Falstaff est roi. Les plus hauts personnages sont mis à la portée de ce bouffon qui fréquente essentiellement la pègre et qui tente de s’assurer, avec l’amitié du Prince, un avenir à l’abri du besoin. Comme marginal, il vit dans la hantise de l’exclusion et de la misère et préfèrerait le rôle de bourreau à celui de pendu.

Pour persister, son arme absolue est le langage. Falstaff esquive tous les dangers et rebondit magistralement. Ses pirouettes deviennent des leçons de savoir-survivre.

En ces périodes troublées, le langage est affaire de survie. Et même le plus abruti de la bande d’acolytes de Falstaff saura éblouir par la virtuosité d’un parler inventif, regorgeant de surprises. Falstaff, lui-même, multiplie les registres pour faire la démonstration de la force des mots, de l’humour et de la pensée. Il sait vaincre le relatif désespérant des apparences pour entrer dans l’absolu par le Verbe.

« Qu’il soit vieux, ses cheveux blancs en font preuve, et il faut l’en plaindre. Non, mon bon seigneur, bannissez Bardolph, bannissez Poins, mais l’aimable Jean Falstaff, le bon Jean Falstaff, l’honnête Jean Falstaff, le vaillant Jean Falstaff, d’autant plus vaillant qu’il est le vieux Jean Falstaff, non ne le bannissez pas de la société de votre Henri, ne le bannissez pas : bannir le gros Jean, c’est bannir l’univers ! »

(Falstaff, Henry IV)

Avec un instinct parfait de la fonction du langage, les personnages de Shakespeare, traversés par ce qu’ils disent, vivent leur destinée à mesure qu’ils la parlent, ils ne pourraient la vivre sans la parler.

Ici, les plus gros mensonges et autres sottises servent la vérité qui consacre la victoire de la joie sur la tristesse, car Falstaff assure avec sa sauvegarde, un climat de jovialité où s’affirme l’amour de la vie.

Parmi les rires bien édentés de ses supporters privés de grâce, d’amour et d’avenir, il épouse toute l’angoisse de l’humanité, dans un monde de mots, bouffées d’oxygène quand l’air se raréfie.

Falstaff est de taille à transformer une tragédie en comédie. Mais après sa mort, le monde semblera plus pauvre, plus pâle, plus incolore.



2ème épisode - La Décadence

d’après HENRY IV 2ème partie et LES JOYEUSES COMMERES DE WINDSOR.

C’est une autre vie de Falstaff qui recommence. Falstaff n’est plus mort. En tant que personnage de théâtre — comme il le rappelle souvent au risque de briser l’illusion dramatique — il revient quand il veut et pour nous faire rire. Mais voilà qu’il devra revivre, comme un éternel retour, l’épisode douloureux de son bannissement, avant de poursuivre son existence irrémédiablement précaire du côté des Joyeuses Commères de Windsor.

C’est de la décadence, c’est de la farce. La cruauté s’y ressent de manière tangible, fidèle à la vie réelle. Les esprits et les corps ramollissent, se flétrissent, s’alourdissent.

« Tu vois que j’ai plus de chair qu’un autre homme, il faut donc que je sois plus faillible encore. » (Falstaff, Henry IV)

La chair est faible. Le niveau baisse. Les plaisanteries, les intrigues, les espoirs, les rêves, tout cela rétrécit, sauf parfois le style et la musique...

On passe de la chevalerie à la bourgeoisie, des visions cosmiques aux questions domestiques.

« Je consens qu’on prenne ma cervelle, qu’on la fasse cuire au beurre et qu’on la donne à un chien pour ses étrennes. »

(Falstaff, Les Joyeuses Commères de Windsor)

Cette farce tragique, détaillée parfois comme un documentaire, retrace l’inexorable descente de l’être qui, arrivé à maturité, brûle avec frénésie ses dernières cartouches, invente toutes sortes de diversions pour se tromper lui-même. Et lorsqu’épuisé, il sera réduit à abandonner cette lutte dérisoire, ce sera un grand moment de soulagement et de fusion… « pour l’éternité d’un instant. » (Madame Dugué, Les Joyeuses Commères de Windsor)

La mise en scène, l’espace et les personnages

Le Ventre de Falstaff est une mappemonde, le ventre qui porte la vie multiple, un organe fragile, mortel, qui s’abîme, et un monde ignoré pour celui-là même qui en a la charge… une taverne, un champ de bataille, un radeau de la Méduse sur la vaste mer, une arène, un ring où sont encaissés les coups, jusqu’au K-O.

Il n’y a pas de lieu privilégié assigné à l’être, pas de coupure entre la personne et le cosmos, entre l’individu et la société, entre l’être et Dieu, le centre de la personne peut être situé en dehors d’elle même.
« A de tels personnages, plus grands que la vie, encore qu'apparemment suscités par la vie même, les tournures hyperboliques sont celles qui conviennent le mieux et qui restituent au plus juste la stature, l'élan et la folie qui les définissent. »(Richard Marienstras)

Des tragi-comédies les plus sereines de Shakespeare,

aux Joyeuses Commères, cette farce des plus déliquescentes,

l’existence est saisie par séquences d’une grande intensité qui nous amènent jusqu’au néo-réalisme italien.

Musiques baroques et musiques de variété font écho à ces débordements de vie. Elles manifestent le désir de se fondre dans le vaste univers ou de magnifier son quotidien. Elles se superposent de sorte que…

« La beauté cachée des laids, des laids, se voit sans délai, délai…»

(Serge Gainsbourg)