Le Maître et Marguerite
Boulgakov

A propos de l'adaptation pour le théâtre du Maître et Marguerite.

"Et je vous conseillerais de n'avoir peur de rien, à aucun moment, ce serait idiot…"
Diabolique poupée russe, aux visages multiples et emboîtés, le texte de Boulgakov est hanté par le Faust de Goethe, par Méphistophélès, par la Lune, et par une Marguerite du XXème siècle qui, pour retrouver son amant, pactise avec le diable et s'envole au-dessus de Moscou, en se frayant un chemin à travers les fils électriques. Quand Boulgakov fait sauter son héroïne par la fenêtre, elle ne s'écrase pas. Le romancier s'attaque aux préjugés, au nivellement des pensées, aux systèmes. Woland et sa bande de diables de carnaval sont l'arme suprême d'un Boulgakov mystique devenu hostile à toutes les formes de pouvoir qui asserviraient la création, la pensée, la foi, en un mot l'âme.Ces Marx Brothers coupeurs de têtes mettent en déroute l'institution artistique, soviétique de préférence. Ils arrachent les masques communautaires. Ils désignent les abus et punissent la bêtise, mais aussi ils sauvent des âmes, à force de scandales grand-guignolesques : les roubles tombent du ciel, un voisin se métamorphose en cochon… Ainsi les victimes de la bureaucratie seront vengées pour les siècles des siècles. Certaines scènes sont avant-gardistes et prémonitoires, comme la reconversion d'un théâtre en magasin pour dames. Toutefois, ces facéties cachent une véritable gravité. Elles sont le fait de diables qui ne nient pas seulement : ils retrouvent des manuscrits brûlés, rassemblent les amants pour l'éternité, voyagent dans la cinquième dimension ou dans l'au-delà, et tout cela est si libérateur que l'on cesse un moment de craindre la mort.

A propos de la mise en scène et de la scénographie

Boulgakov, comme Dostoïevski, préfère aux évolutions psychologiques la coexistence et la confrontation des éléments narratifs, et la création de doubles... Il y a là un enchevêtrement de fils et de formes qu'il s'agit de garder précieusement emmêlé, pour mettre en scène le livre, et pas seulement une collection de situations, pas seulement les parties dialoguées, mais aussi les parties descriptives. Les scènes, les personnages, les regards s'additionnent : les diables de Boulgakov sont des personnages jouant d'autres personnages, parfois plusieurs à la fois, souvent avec une insolente désinvolture.Là commence le théâtre. L'œuvre mise en scène préserve l'esprit d'anarchie, de liberté et de rébellion, en recourant tant au boulevard qu'au butô, et à toutes les ouvertures formelles que peut receler l'espace clos du théâtre, un espace contraignant qui révèle les correspondances profondes d'un monde apparemment éclaté, morcelé, absurde. De Moscou à Jérusalem, et à deux mille ans d'intervalle, les débordements fantastiques du Maître et Marguerite dans l'espace et dans le temps nécessitent mobilité, condensation, accélération. Tous les éléments de décors sont donc mobiles : bancs déposés sur des plates-formes, armoire à roulettes, pianos, miroirs, rampes lumineuses qui se déplacent, se renversent, s'inversent, comme si le plateau tournait ou basculait, en créant la sensation de mouvements de caméras, de gros plans, de travellings, changements d'angles de vue, vertiges…Ici, ce ne sont pas les comédiens qui sont sur roulettes mais le monde alentour et notre perception de la réalité : reflets, visions saisies au vol, musiques qui se chevauchent, danses, figures, jeux d'ombres et de lumières, à un rythme qui tend à la suggestion subliminale. La suggestion que le vrai metteur en scène du spectacle est le diable lui-même, un diable que l'on convoque pour ne plus gémir sur l'ennui, l'inertie… et pour ne pas succomber à " la rage la plus terrible, la rage de l'impuissance ".

Novembre 2004
Gare d'Asnières-sur-Seine
Mai 2004
Théâtre Bernard BlierPontarlier
Mars, avril 2004
Espace Culturel André Malraux
Le Kremlin-Bicêtre
album photos extrait video (modem 56kb) extrait video (ADSL)
Ecoutez le passage au POPCLUB de José Artur ( nota: lecture avec Real Player )

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