COMME IL VOUS PLAIRA

PRESENTATION & NOTE DE MISE EN SCENE

Et ainsi, d'heure en heure, on mûrit, on mûrit, et ainsi, d'heure en heure, on pourrit, on
pourrit !


Pour échapper à un monde brutal où l’atmosphère est oppressante, l’unique salut est dans la fuite. A n’importe quel prix et le plus vite possible, les personnages de cette comédie frissonnante de désirs et de fêtes s’enfuient dans la forêt.
Etrange est cette forêt à la fois imaginaire et réaliste où poussent oliviers et palmiers, repaire moussu de cerfs et de lions, de bergers, de duchesses, écologistes peut-être, hippies - en herbe. Lieu de conversion et lieu de résistance, parfois aussi domaine foncier où l’on peut acquérir contre argent comptant un chalet et des moutons, ce green world opposé à la vie de cour est le royaume de la liberté où le contact revivifiant avec la nature permet aux individus de s’affranchir des contraintes ou des injustices, de s’accomplir, de s’aimer et de réinventer l’amour. Chacun se reconnaîtra dans cette forêt shakespearienne, multiple, qui prend la forme de celui qui la traverse, la rêve, la crée.
La forêt d’Ardennes (et non pas d’Eden) est une forêt de forêts, un entre-deux échappant aux contraintes du calendrier où se rassemblent passé, présent, futur, pour vivre la grâce de l’instant. La vie devient plus intense dans une profusion de formes allègrement « artificielles » : scènes pathétiques et lyriques procèdent de la logique du rêve ; plans, personnages et temps y sont mélangés ; parodie et poésie également. En outre le rire – de fête – plaisir partagé dans l’instant prend l’allure d’un déverrouillage des esprits et des langues. Les mots se mettent à bouillonner, le langage en état d’ivresse se met à bégayer et à se déployer dans des directions inattendues mais la raison veille pour faire sa proie de ces significations nouvelles produites sans effort apparent. Ces jaillissements de l’esprit mènent à des prises de conscience, car la forêt d’Ardennes n’est pas un lieu étranger aux soucis ordinaires de la vie mais un milieu réel où se passent les évènements les plus importants pour le sens de la vie sur terre et pour le bonheur des hommes.

Mais le temps s’est en quelque sorte relâché, on a pas besoin de penser à demain, on est libre d’exister dans un maintenant ouvert à toute éventualité. L’allègre s’infiltre peu à peu dans cette atmosphère de détente, dans cet état d’esprit qui accueille avec plaisir le hasard. Les jours passent sans que l’on pense les compter, les personnages se rencontrent, comme ça, au détour d’un chemin, ou bien ils se cachent les uns des autres pour surprendre des tête-à-tête et des soliloques ; la pièce avance sans avancer et nous entrons à notre tour dans ce monde où rien ne presse .
Les formes de ce monde théâtral conçu « comme il vous plaît », sont structurées et aussi éloignées que possible du naturel : enchevêtrement très moderne de mythologie, de folie, de travestissement… Les frontières entre l’illusion et la réalité, entre l’objet et son reflet, s’estompent peu à peu. Toute explication paraîtrait vaine et viendrait par sa pesanteur gâcher cette improvisation. Ici chaque geste, chaque mot devient d’autant plus possible et juste qu’il peut être aussi musique et philosophie.
Il semble que Shakespeare qui puisait à toutes les sources puisse aussi assimiler celles qui le suivent de loin ; et si Jacques se donne des allures de beatnik, les coups de foudre sont mozartiens et Amiens le musicien improvise comme un jazzman.

C’est surtout parce que le théâtre de Shakespeare a su capter le sens de la fête en lui conservant la multiplicité déroutante de ses visages qu’il continue de mobiliser les foules et d’étonner par-delà les modes et les systèmes.

Le Théâtre du Voyageurbénéficie du soutien de la Ville d’Asnières-sur-Seine, du conseil général des Hauts-de-Seine et de l’Adami.

petit extrait video -->ici