DES IDIOTS ET DES FOUS

DES IDIOTS
ET DES FOUS

CREATION DU THEATRE DU VOYAGEUR

d’après Don Quichotte , de CERVANTES - L’Idiot , de DOSTOÏEVSKI – Aurore , de NIETZSCHE – La Conjuration des Imbéciles , de John Kennedy TOOLE – Eloge de la Folie , d’ERASME – De Natura Rerum , de LUCRECE.
Texte et mise en scène, Chantal MELIOR
Avec Joanne Allan, Sandrine Baumajs, Véronique Blasek, Ariane Lacquement, Carol Lipkind, François Louis, Mathieu Mottet, Siva Nagapattinam Kasi, Nina-Paloma Polly, Tom Sandrin.
Direction musicale et piano, Carol Lipkind – Chorégraphies, Ariane Lacquement – Lumières, Michel Chauvot.

Plus de détails ICI

Au Théâtre du Voyageur
au centre de la gare SNCF d’Asnières-sur-Seine, quai B
à 5 mn en train de Paris-Saint-Lazare
du 26novembre au 18 décembre 2010
du mercredi au samedi à 20h30, le dimanche à 17h

réservation indispensable au
01 45 35 78 37
ou sur le site http://www.theatre-du-voyageur.com
Contact
Chantal Melior
06 61 56 97 60
Tél. 33 (1) 45 35 78 37
Fax 33 (1) 43 31 56 04
E-mail:chantal.melior@free.fr


Lestroiscoups

Mardi 5 janvier 2010 2 05 /01 /2010 15:13
Article de

Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com

« Comme il vous plaira », de William Shakespeare (critique de Cédric Enjalbert), Théâtre du Voyageur à Asnières-sur-Seine

Comme ils vous plairont !

Gare Asnières, quai B. Retenez l’adresse. Car le bien nommé Théâtre du Voyageur sis à même le quai, à la sortie du train, poursuit ici son tour du monde shakespearien. Après les « Vies et morts de Falstaff », l’an passé, c’est aujourd’hui « Comme il vous plaira »… avec brio !

lettrine-didot-102pt-P.gif our un peu, c’était bon pour la Normandie. Départ gare Saint-Lazare, à un quai près de Lisieux. Mais à Asnières, tout le monde descend ! Pas fou (le monde). Pas totalement du moins, car à défaut de Normandie c’est en Bretagne, la Great et délirante du grand Will, qu’on débarque quai B. Entrée sur les planches du grand monde par la petite porte. « All the world’s a stage * » dit ailleurs le mélancolique Jacques dans l’une des répliques qui fait la renommée de Comme il vous plaira .

Écrite vers 1599, cette pièce charnière à mi-temps des Sonnets et de Hamlet contient déjà tout Shakespeare. Des vérités sur le sexe et la politique aux histoires d’amours capricieuses, des trahisons familiales aux échappées fantastiques, de l’humour, de l’esprit ou de la folie, rien ne manque. Un décor de pastorale — buissons, souches et feuilles mortes importés de l’âge d’or —, une trame à vau-l’eau et un rythme allegro servent de tremplin au talent des dix comédiens.

Joyeux drilles prêts à faire chanter les fameux vers du grand Will

Chacun excelle dans son rôle. Ou ses rôles, car beaucoup en jouent deux. Or, chez Shakespeare, chaque personnage compte double (double personnalité, doublons et doublures, travestissement et jeux de miroir). Il y avait donc au total sur scène ? Un simple décor fait de hauts encarts peints aux couleurs d’un palais marbré au recto, dans les tons ocres de la nature au verso, et une bande de joyeux drilles prêts à faire chanter les fameux vers du grand Will. Des « Pieds nickelés de la Renaissance », pour l’ami Pansieri.

comme-il-vous-plaira-1

« Comme il vous plaira », de Willam Shakespeare

Bref, de gais lurons pour une histoire pas triste : Rosalinde (Ariane Lacquement), la fille d’un vieux duc déchu par son frère s’apprête à quitter la cour de son oncle à son tour. Elle se réfugie, travestie, dans la forêt d’Ardenne (parente d’Éden), suivie par sa cousine Célia (l’ensorcelante Véronique Blasek), une sœur pour elle, toutes deux guidées par un bouffon plein d’esprit : Pierre-de-touche. L’exil a du bon puisque Orlando (Matthieu Mottet), dont elle s’est éprise à la cour, s’enfonce aussi dans le bois. Encore quelque paysan philosophe, une tribu beatnik, des cerfs, des lions, une beauté sylvestre, tous pétris d’amour et sortis d’on ne sait trop où. D’Ovide, peut-être, poète de l’amour. L’amour ? Shakespeare semble lui dire à son tour : « Cours toujours ! ».

Chantal Melior l’a bien compris, elle qui monte Comme il vous plaira avec allégresse, usant à l’envi du langage des corps. Ainsi, entre deux improvisations jazzy, une course-poursuite dans les bois, s’insinue une tirade de Jacques, tenue par l’extraordinaire François Louis, un couplet de bon sens paysan ou quelque interrogation existentielle. Les costumes extravagants, un ballet d’entrées et de sorties essoufflant et le texte quasi intégralement conservé, lancé sans ambages, évitent, eux, tous détours psychologisants.

Mme Melior (de son vrai nom d’artiste) orchestre un théâtre bien en chair incroyablement revigorant. Sa lecture de Comme il vous plaira a la fraîcheur des premières fois (des premières lectures, s’entend). Belle réponse à Shakespeare qui nous dit, selon René Girard ( Shakespeare. Les feux de l’envie, Grasset) : « Voici une pièce qui dépeint le monde non comme je le vois, non tel qu’il est, mais comme il vous plaira à vous, mon public, de la voir, sans conflits ambigus, sans sentiments ambivalents […] ». Ce qu’on a vu, nous ? Un regard pétillant, un rythme endiablé qui déride, des comédiens détonnants dans un Comme il vous plaira jouissif. Suivez-les, car ils le reprendront, et voyez comme ils vous plairont !

Cédric Enjalbert
Les Trois Coups
www.lestroiscoups.com


Comme il vous plaira1

COMME IL VOUS PLAIRA
de William Shakespeare

du 25 novembre au 20 décembre 2009, du mercredi au samedià 20h30,le dimanche à 17h au Théâtre du Voyageur- au centre de la Gare SNCF - Quai B - Asnières-sur-Seine
Réservations 01 45 35 78 37
ou ici
http://www.theatre-du-voyageur.com/reservations/choixspectotcivp.php

Et ainsi, d'heure en heure, on mûrit, on mûrit, et ainsi, d'heure en heure, on pourrit, on
pourrit !

Pour échapper à un monde brutal où l’atmosphère est oppressante, l’unique salut est dans la fuite. A n’importe quel prix et le plus vite possible, les personnages de cette comédie frissonnante de désirs et de fêtes s’enfuient dans la forêt.
Etrange est cette forêt à la fois imaginaire et réaliste où poussent oliviers et palmiers, repaire moussu de cerfs et de lions, de bergers, de duchesses, écologistes peut-être, hippies - en herbe. Lieu de conversion et lieu de résistance, parfois aussi domaine foncier où l’on peut acquérir contre argent comptant un chalet et des moutons, ce green world opposé à la vie de cour est le royaume de la liberté où le contact revivifiant avec la nature permet aux individus de s’affranchir des contraintes ou des injustices, de s’accomplir, de s’aimer et de réinventer l’amour. Chacun se reconnaîtra dans cette forêt shakespearienne, multiple, qui prend la forme de celui qui la traverse, la rêve, la crée.
La forêt d’Ardennes (et non pas d’Eden) est une forêt de forêts, un entre-deux échappant aux contraintes du calendrier où se rassemblent passé, présent, futur, pour vivre la grâce de l’instant. La vie devient plus intense dans une profusion de formes allègrement « artificielles » : scènes pathétiques et lyriques procèdent de la logique du rêve ; plans, personnages et temps y sont mélangés ; parodie et poésie également. En outre le rire – de fête – plaisir partagé dans l’instant prend l’allure d’un déverrouillage des esprits et des langues. Les mots se mettent à bouillonner, le langage en état d’ivresse se met à bégayer et à se déployer dans des directions inattendues mais la raison veille pour faire sa proie de ces significations nouvelles produites sans effort apparent. Ces jaillissements de l’esprit mènent à des prises de conscience, car la forêt d’Ardennes n’est pas un lieu étranger aux soucis ordinaires de la vie mais un milieu réel où se passent les évènements les plus importants pour le sens de la vie sur terre et pour le bonheur des hommes.

Mais le temps s’est en quelque sorte relâché, on a pas besoin de penser à demain, on est libre d’exister dans un maintenant ouvert à toute éventualité. L’allègre s’infiltre peu à peu dans cette atmosphère de détente, dans cet état d’esprit qui accueille avec plaisir le hasard. Les jours passent sans que l’on pense les compter, les personnages se rencontrent, comme ça, au détour d’un chemin, ou bien ils se cachent les uns des autres pour surprendre des tête-à-tête et des soliloques ; la pièce avance sans avancer et nous entrons à notre tour dans ce monde où rien ne presse .
Les formes de ce monde théâtral conçu « comme il vous plaît », sont structurées et aussi éloignées que possible du naturel : enchevêtrement très moderne de mythologie, de folie, de travestissement… Les frontières entre l’illusion et la réalité, entre l’objet et son reflet, s’estompent peu à peu. Toute explication paraîtrait vaine et viendrait par sa pesanteur gâcher cette improvisation. Ici chaque geste, chaque mot devient d’autant plus possible et juste qu’il peut être aussi musique et philosophie.
Il semble que Shakespeare qui puisait à toutes les sources puisse aussi assimiler celles qui le suivent de loin ; et si Jacques se donne des allures de beatnik, les coups de foudre sont mozartiens et Amiens le musicien improvise comme un jazzman.

C’est surtout parce que le théâtre de Shakespeare a su capter le sens de la fête en lui conservant la multiplicité déroutante de ses visages qu’il continue de mobiliser les foules et d’étonner par-delà les modes et les systèmes.

Le Théâtre du Voyageur bénéficie du soutien de la Ville d’Asnières-sur-Seine, du conseil général des Hauts-de-Seine et de l’Adami.